Un autre futur pour la recherche Plateforme de la CNT-Supérieur & Récherche

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UN AUTRE FUTUR

POUR LA RECHERCHE

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On nous dit que la recherche doit être performante, pour que la

France (ou l’Europe) tienne son rang dans la compétition mondiale.

On nous dit que la recherche doit être rentable en déposant des

brevets qui entraînent des applications industrielles créatrices de

progrès. On nous dit que la recherche doit être prestigieuse pour

pouvoir attirer les meilleurs et enrayer la fuite des cerveaux. On

nous parle d’excellence. On nous parle d’élite.

 

 

 

EST-CE CELA QUE NOUS VOULONS ?

 

Nous sommes chercheuses et chercheurs, enseignant-e-s-chercheurs, ITA, IATOSS,

étudiant-e-s, doctorant-e-s, post-doctorant-e-s – tou-te-s acteurs et actrices

du système de recherche et d’enseignement supérieur. Nous faisons de la recherche et nous enseignons en refusant tout dogmatisme, qu’il soit politique, économique, scientifi que, philosophique

ou religieux, parce que nous n’acceptons pas que l’on nous dicte ce que nous devons savoir ou penser, et

que nous revendiquons la liberté d’une recherche égale dans tous les domaines, tout en étant respectueuse

des besoins défi nis collectivement.

A la compétition et à la concurrence entre travailleurs-euses, nous substituons les notions de solidarité de

classe et de coopération. A celles de propriété intellectuelle et de pôles d’excellence nous substituons les

notions de domaine public, et d’organisation autogestionnaire des universités et des centres de recherche :

nous les voulons formateurs, émancipateurs, libres et indépendants des intérêts capitalistes.

 

 

LA RECHERCHE AU SERVICE DE QUI ?

 

 

Tel n’est hélas pas le cas de la plus grande partie de la recherche actuelle. Le visage qu’elle nous offre

est celui d’une techno-science dédiée à la quête de la puissance et du contrôle. Son fi nancement, qu’il

soit étatique ou privé, est conditionné par des orientations qui sont le plus souvent à l’opposé des attentes et

besoins des populations. Ainsi, la recherche médicale étatique et les labos de l’industrie pharmaceutique font

la course pour trouver les traitements qui soigneront les malades des pays riches, tandis que dans le reste

du monde la lutte contre les épidémies mortelles piétine faute de moyens, condamnant à la mort des millions

de malades insolvables. De même, sous la pression des multinationales de l’agroalimentaire, la recherche

agronomique tend à se réduire à la production d’OGM, empêchant l’autosuffi sance agricole et plaçant ainsi

la paysannerie dans une dépendance économique totale.

Cette évolution n’épargne pas les sciences humaines et sociales, dégradées en outils de management et

de gestion des « ressources » humaines, vouées aux études de marché, au conditionnement publicitaire

et à la fabrication des comportements de masse. Pendant ce temps les disciplines auxquelles le système

économique ne trouve décidément aucune utilité (archéologie, anthropologie, biologie descriptive…) tombent

progressivement dans l’abandon et l’oubli.

 

Le pilotage étatique de la recherche, que certains présentent comme une solution miracle, ne produit

pas de résultats plus engageants : l’Etat n’est pas le garant de l’intérêt commun mais bien le premier

soutien des industriels (nano technologies, industrie nucléaire avec notamment le récent projet ITER...)

et du complexe militaro-policier (l’armementbien sûr, mais aussi les techniques de contrôle social: biométrie,

vidéosurveillance, ...). Quant à la «science citoyenne» – cafés (du commerce !) de la science, etc.

– elle n’est que de la poudre aux yeux : on fait bavarder des échantillons de population autour de décisions déjà prises en amont par les infaillibles expert-e-s.

A l’université, les enseignant-e-s, évalué-e-s uniquement par leurs travaux de recherche, sont poussé-e-s

à être avant tout des chercheurs-euses produisant brevets et publications. Nous rejetons cefonctionnement,

qui amène à considérer la population étudiante comme un réservoir de stagiaires qui serviront de petites

mains dans les laboratoires (il faut bien s’adapter à la pénurie de postes), en espérant

pouvoir récupérer en troisième cycle les quelques individus jugés « excellent » pour assurer la succession.

Au niveau du contenu, les cursus scientifi ques se résument aux aspects techniques de la science,

et posent les problèmes de telle façon que la seule solution semble être la surenchère technologique.

Les dimensions politiques et sociales de la science, avec un point de vue à la fois historique et critique,

sont très rarement abordées.

 

 

 

LA RECHERCHE ET LE PROGRÈS

 

Si la recherche scientifi que a pu être une entreprise d’émancipation, être un effort pour se dégager des

dogmes, si par son biais quelques bienfaits ont été apportés à l’humanité, avec l’avènement de l’ère industrielle,

elle est clairement devenue le moteur principal de l’idéologie du progrès. Selon cette idéologie toute découverte

scientifi que et toute innovation technologique sont forcément bénéfi ques, car c’est grâce à leur accumulation

que l’humanité atteindrait le bonheur en ayant une mainmise totale sur son milieu naturel ! Aujourd’hui, cette

croyance a montré sans conteste ses limites et son absurdité. Alors que dans le monde

la pauvreté s’accroît, que notre environnement est saturé de substances chimiques toxiques et que notre

quotidien est envahi de gadgets électroniques coûteux et inutiles, comment ne pas voir que les améliorations

de nos conditions de vie ne sont pas conditionnées par la «croissance économique» impulsée par l’innovation

techno-scientifi que. Reste que cette idéologie, largement répandue dans la population comme chez les chercheurs,

les a rendu aveugles. La recherche ne peut plus du fait de ses retombées se cacher derrière sa soit disante neutralité.

 

 

 

Comme toute autre activité humaine, la recherche n’est pas coupée de la société dans laquelle elle se fait. La

structure même des unités de recherche reproduit l’organisation de notre société, autoritaire et bureaucratique :

le monde de la recherche est souvent hiérarchisé, patriarcal et élitiste, miné par les luttes de pouvoir entre individus

et entre institutions, traversé par la division entre dirigeant-e-s (directeurstrices d’unité, chefs d’équipe) et exécutant-e-s

(doctorant-e-s, post-doctorant-e-s, technicien-ne-s...) – ces dernier-e-s étant, de préférence, interchangeables et 

dépourvu-e-s d’autonomie intellectuelle.

 

Fondamentalement, dans un monde dominé par le pouvoir de l’argent, en l’absence de résistance et de contestation,

la recherche ne peut qu’être mise au service de l’exploitation et du profi t.

Nous refusons ces politiques qui, à l’échelle mondiale, creusent les inégalités sociales, privent de soins les plus démunis,

privilégient les profi ts de quelques-un-e-s au détriment de la majorité, détruisent des pans entiers de la recherche et organisent

la confiscation privée des connaissances, aux antipodes de nos intérêts.

Pour les anarcho-syndicalistes et les syndicalistes révolutionnaires de la CNT, la solution passe par la réappropriation

collective et le contrôle des moyens de production, la gestion de ses tenants et de ses aboutissants, par les travailleurs-euses. Mais pour ne pas aboutir au simple remplacement des gestionnaires d’un système par ailleurs inchangé,

c’est la création des richesses et le concept même de développement qui doivent être remis en cause.

A l’idéologie du progrès et de la puissance, nous opposons l’idée de décroissance. Cela implique de

bouleverser le fonctionnement des institutions de recherche et d’enseignement supérieur :

 

 

 

► Au sein des unités de recherche et d’enseignement supérieur, abolition des hiérarchies salariales et statutaires.

► Gestion collective des unités de recherche et d’enseignement supérieur par le biais d’assemblées générales régulières, décisionnelles, impliquant de façon égale tous les travailleurs-euses de l’unité.

► Rotation des mandats et contrôle de ceux-ci par l’assemblée générale.

► Mise à disposition libre et gratuite de tous les résultats. Cela implique l’abandon total de l’idée de brevet, de propriété intellectuelle.

► L’arrêt de la compétition entre structures mais aussi entre les travailleurs-euses, pour faire place à une coopération réelle, qu’elle soit nationale ou internationale.

► Réfl exion collective et contrôle démocratique sur les orientations de la recherche et ses applications technologiques.

 

 

Ce projet n’est pas une utopie : des expériences, des mouvements ont montré et montrent encore qu’il est possible de

fonctionner ainsi : Universités populaires, logiciels libres, sites d’information et journaux scientifi ques en accès libre en sont

des exemples. L’illusion en revanche, c’est de croire que les évolutions en cours – privatisation, libéralisation, scientisme

– garantiront une recherche de qualité et conforme à l’intérêt collectif.

 

 

CONSTAT DES ÉVOLUTION ACTUELLES :

 

UNE PRÉCARITÉ GALOPANTE

 

Depuis plusieurs années maintenant, les universités et les organismes de recherche subissent une politique de rigueur

et de démolition dont les conséquences négatives retombent sur l’ensemble des personnels et des étudiant-e-s : diminution des

moyens fi nanciers, réduction du nombre de postes dans toutes les catégories de personnels, détérioration des conditions de

travail, tensions accrues entre personnels,… De plus en plus de services sont privatisés (nettoyage, restauration, magasins,

services centraux…) avec comme conséquences des statuts plus précaires (CDD, intérim) et souvent une diminution de la

qualité des services.

 

Dans les universités, les étudiant-e-s qui se destinent à la recherche se heurtent pendant leur thèse au manque de

financements. Doctorant-e-s et post-doctorant-e-s viennent ainsi former une véritable armée de jeunes chercheurs

hors statut : plus de 70 000 personnes (soit au moins autant que le nombre de chercheurs-euses et enseignant-e-s-chercheurs

statutaires) vivent de divers contrats plus ou moins précaires (allocations de recherche, monitorat, vacations, ATER, contrats

post-doc...) voire de financements plus baroques encore (simples «libéralités» sans droits sociaux, frais de mission fi ctifs,

bénévolat pur et simple). Elles sont sous la pression permanente d’un hypothétique espoir de recrutement, alors que leur travail représente déjà une contribution fondamentale au monde de la recherche et de l’enseignement supérieur.

La concentration des moyens dans quelques «pôles d’excellence» régionaux ; les agences à pilotage semi-privé (ANR, AII)

et privé, dotées de budgets énormes qu’elles distribuent dans une opacité totale,sur des projets à plus ou moins court terme ;

tout cela accélère l’évolution vers un système de recherche entièrement fondé sur le travail précaire (équipes jetables,

personnels sous contrats temporaires, augmentation de l’âge de recrutement), privilégiant les projets «à la mode», «vendeurs»

et «rentables» gérés de façon discrétionnaire par quelques mandarins aux pouvoirs renforcés.

 

 

 

POUR STOPPER CETTE ÉVOLUTION, NOUS REVENDIQUONS :

 

 

►L’arrêt des privatisations d’unités et de services (sous-traitance, nouveaux Instituts Carnot)

►Le financement direct des laboratoires, et non par « appel d’offre »

►La titularisation sans conditions des personnels sous contrat précaire, et l’arrêt

du recours à ce type de contrat

►Le remplacement systématique de tout départ à la retraite

►L’augmentation des bas salaires

 

 

 

De l’argent il y en a….

 

►Transfert des crédits militaires. L’arrêt de la recherche militaire, qui, sous prétexte d’assurer notre « défense », ne sert qu’à accroître la domination des puissants, permettra de transférer les crédits de l’armée sur ceux de la recherche publique non mortifère.

►Arrêt du crédit impôt recherche. Ce système qui vise à rembourser la moitié des frais de recherche des entreprises privées est scandaleux. Une fois encore c’est de l’argent public qui sert à garantir des intérêts privés (via les brevets déposés par ces entreprises). Il se monte chaque année à environ 530 millions d’euros.

►Suppression des agences d’innovation. Les crédits énormes consentis aux «agences pour l’innovation» (ANR, AII...) représentent un autre cas de détournement de l’argent public vers des projets conformes aux exigences du monde industriel. Ces agences doivent être dissoutes, et l’intégralité de leur fi nancement reversé dans le fonctionnement de la recherche publique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans FAC OFF

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