Triptyque de lutte

Publié le par V

3 tracts écrits par des étudiants de Nanterre :
- CE QUE « FAIRE LA GREVE » SIGNIFIE EN MILIEU UNIVERSITAIRE
- CE POUR QUOI NOUS NOUS BATTONS : L’ABROGATION DE LA LRU
- DU BON USAGE DE LA DEMOCRATIE EN MOUVEMENT SOCIAL




CE QUE « FAIRE LA GREVE » SIGNIFIE EN MILIEU UNIVERSITAIRE

« Faire grève, c’est paralyser la production ». Mais qu’est-ce qui est produit à l’université ? Quelle production pouvons-nous bloquer ici et maintenant ? Construire un mouvement de grève dans les universités, c’est poser ces questions pour trouver nos modes d’action les plus efficaces.

Production du savoir ou production de diplômes ?

L’université n’est pas une chaîne de montage, un centre d’appel ou un restaurant fast-food. Quand les ouvrier-e-s de l’automobile font grève, les voitures cessent de sortir de l’usine. L’université – jusqu’à preuve du contraire – produit des enseignements. Elle produit donc de l’immatériel. Bloquer la production du savoir pose évidemment des problèmes. A quel point gênons-nous le gouvernement quand nous bloquons la production immatérielle des enseignements ? Si le savoir est une arme, nous désarmons-nous quand enseignant-e-s et étudiant-e-s sont en grève ?

Une autre approche est possible. Ce que l’université produit, ce sont de l’évaluation et des diplômes. En refusant de rendre les notes à l’administration et au ministère, en organisant le blocage des notes, le mouvement enseignant bloque effectivement cette production.
Toutefois, il n’existe pas de position claire, franche et précise quant à la manière dont sera évaluée cette année universitaire. Et laisse l’impression aux étudiant-e-s d’être « pris en otage » comme dit la télé. Les enseignant-e-s en lutte iront-ils jusqu’au bout de cette démarche ? Comment peut-elle se radicaliser pour gagner en efficacité ?

Comme cela a été fait lors de précédents mouvements sociaux universitaires, on peut imaginer que tout-e-s les étudiant-e-s valide cette année 2008/2009. Il suffit pour cela que les enseignant-e-s donnent la moyenne à tous et toutes.
Ce mode d’action correspondrait à notre revendication d’abrogation de la LRU : il créerait une réelle égalité entre étudiant-e-s engagé-e-s ou non dans le mouvement, il affirmerait que l’université est à tous et toutes, il casserait l’étrange rapport étudiant-e-s / enseignant-e-s basé sur la notation.
Il opposerait une université ouverte, animée par ses acteurs, consciente de sa valeur d’usage (la valeur du savoir) à l’université que souhaite le gouvernement : une université rentable, qui produit des diplômes évaluables sur un marché du travail mis au pas.

Le problème : nous n’aurons que ce que nous prendrons et nous ne pouvons pas simplement attendre un engagement des enseignant-e-s sur cette position. C’est là que se pose directement la question de la grève étudiante.

La grève étudiante : pourquoi et comment ?

Nous devons pouvoir nous mettre en grève, bloquer la tenue des cours et donc de l’évaluation. Nous sommes partie prenante dans cette production symbolique, nous pouvons donc y intervenir autant que les enseignant-e-s. Cela ne nous empêchera pas d’assumer que la fac n’est pas une usine (c’est bien la cause de notre mobilisation). La question de l’évaluation de cette année universitaire peut devenir une de nos revendications. Nous pouvons par et dans la grève créer les conditions d’un dialogue entre étudiant-e-s sur les enjeux du mouvement et de nos revendications. Nous ne pourrons sensibiliser ceux et celles qui nous prennent pour des fous, qu’en les sortant de l’évaluation, pour que rater un cours ne soit pas un problème. Il faut construire un blocage de l'université qui libérerait de l'espace et du temps pour nous permettre d'avancer sans être pénalisé-e-s.

Le meilleur est à venir. Le futur n’est pas écrit.



CE POUR QUOI NOUS NOUS BATTONS : L’ABROGATION DE LA LRU

Difficile d’y voir clair dans les textes de loi : processus de Bologne, LRU, décret de réforme du statut d’enseignant-chercheur, etc… Rien de plus légitime que de ne rien y comprendre. Puisque nul n’est censé ignorer la loi, les lois doivent être lisibles. Un ensemble de lois claires comme du jus de boudin, c’est donc un ensemble de loi illégitime. Mais il faut bien savoir contre quoi nous nous battons et ce que le gouvernement cherche à détruire.

Ce que le gouvernement cherche à détruire

Si la droite est aussi bien armée idéologiquement contre l’université publique et non-rentable, c’est que depuis longtemps l’université tend la joue pour se prendre une grosse claque. On ne peut pas défendre un système qui n’a pas fait ses preuves. On ne peut pas défendre une université irrespectueuse des étudiant-e-s, sans espace de convivialité et qui multiplie les contrats précaires pour les jeunes chercheurs.
Si la droite nous déteste autant c’est aussi qu’elle ne nous connaît pas ou trop bien. Aucun universitaire, ou presque, dans les hautes sphères du pouvoir. Les places sont occupées par les diplômés des grandes écoles et du système polytechnique très conservateur et consanguin mis en place sous l’empire napoléonien. Ce que la droite sait, c’est que l’université est l’occasion pour une partie de la jeunesse de former son esprit critique. C’est que les enseignants-chercheurs ne sont pas des travailleurs comme les autres et qu’il est temps de les mettre au pas.

Ce contre quoi nous nous battons, c’est la LRU (Loi relative aux libertés et responsabilités des universités)

On ne peut pas critiquer « l’autonomisation » des facs. Le gouvernement choisi bien ses mots. Evidemment, nous souhaitons tous et toutes plus d’autonomie et d’auto-gestion.
Mais sous son masque sexy, la LRU c’est entre autres la hausse des frais d’inscription et donc l’aggravation de la misère étudiante. C’est la dévalorisation de diplômes reconnus dans un large cadre au profit de diplômes spécifiques qui auront des valeurs différentes qu’ils viennent de Nanterre ou de la Sorbonne, de Fort-de-France ou de Saint-Denis. C’est de mauvaises conditions de travail et d’étude pour toute la « communauté universitaire », des BIATOS aux enseignant-e-s, en passant par les étudiant-e-s et les doctorant-e-s.
Nous sommes contre la mise en place d’un système universitaire concurrentiel, contre la mise en place d’un système universitaire rentable, contre la mise en place d’un système universitaire contrôlé par les entreprises.

Ce pour quoi nous nous battons

Nous nous battons pour une université qui croirait en l’égalité. Où les frais d’inscription ne seraient pas prohibitifs. Où le patronat ne ferait pas sa loi. Où l’essentiel serait la situation créée par le fait d’apprendre et d’enseigner. Où les futurs travailleurs précaires trouveraient bourses et idées pour vivre et penser le monde avant d’y être exploité. Où les immigrés sans-papiers pourraient s’inscrire. Où le logement étudiant serait une question centrale, où les places en Cité U ne se compteraient pas sur les doigts de la main et ne rimeraient pas avec insalubrité. Où la sécurité des campus ne signifierait pas patrouilles de vigiles armés. Où étudier serait une activité stimulante et créatrice de valeur symbolique égalitaire.

L’université que nous voulons, n’est pas celle que nous avons.
L’autonomie qu’on nous propose n’est pas celle que nous voulons.
Nous avons un service public d’enseignement supérieur à défendre… mais aussi à reconstruire et construire.



DU BON USAGE DE LA DEMOCRATIE EN MOUVEMENT SOCIAL
« Voilà le son que j'attendais... surtout en période tendue ! »

La droite universitaire, une partie des mass-médias ainsi qu’une partie de la classe politique, aime à présenter les Assemblées Générales comme des zones de non-droit où mensonges et manipulations sont la règle. Au nom de la démocratie, les AG sont stigmatisées comme étant non-démocratiques.

Ce qu’il faut avoir à l’esprit pour étoffer nos pratiques démocratiques :

Danger. La démocratie est un processus toujours menacé. La pratique démocratique en AG pose évidemment son lot de problèmes. Notamment au niveau de la prise de parole. Les militant-e-s syndicaux et politiques ont davantage de facilités à s’exprimer. Les hommes parlent plus que les femmes. Les enseignant-e-s sont davantage écoutés que les étudiant-e-s. Ces mécanismes conscients et inconscients sont bien connus. On peut les contrarier en inventant nous-mêmes les modalités de fonctionnement de nos AG.

Histoire drôle. Quand le parlement a adopté la loi de criminalisation du téléchargement il y avait 16 députés présents dans l’amphithéâtre de l’assemblée nationale. Ils adoptèrent la loi en votant à main levée. No comment…

Parler et décider ensemble. L’Assemblée Générale est notre espace de prise de décision. Nous devons donc nous y exprimer et laisser l’Autre s’exprimer. « La liberté est toujours la liberté de celui qui pense autrement » disait Rosa Luxemburg. Nous ne devons pas y perdre trop de temps non plus car c’est surtout le lieu où nous devons décider ensemble.

V comme… Vote ! Prendre une décision en AG, c’est voter sur des propositions. Quatre positions sont possibles. Voter pour. Voter contre. S’abstenir (décider de ne pas décider et s’en remettre à la majorité). Ne pas prendre part au vote (NPPV, exprimer un désaccord face à la formulation de la proposition. Quand le NPPV est majoritaire la proposition devra être reformulée puis revotée).

AG comme Agir Groupé-e-s. L’Assemblée Générale est légitime. Autant que ces 16 députés qui votèrent la loi contre le téléchargement. Elle gagnera toujours plus en légitimité si ses membres, ses participant-e-s savent que le principe de la démocratie est fragile, qu’elle doit être protégée, et que ses modalités pratiques doivent toujours être remises en question pour tendre vers un maximum d’égalité, de respect des divergences et de la majorité.

Contrôlez vos mandaté-e-s. La question des mandats est épineuse. Il est essentiel que nos mandaté-e-s et nos commissions respectent la volonté et l’esprit de l’Assemblée Générale. Pour cela, pas de secret ni de formule magique. Il faut participer, discuter, critiquer et proposer. La question l’impérativité des mandats doit toujours être reposée.

Tout est possible. Participer à un mouvement social, faire entendre sa voix en dehors des normes généralement admises et reconnues est une expérience stimulante. On y apprend sur soit-même et sur les autres. On y apprend à écouter, convaincre et se laisser convaincre. C’est l’occasion originale de se faire entendre, de construire et de montrer une intelligence collective

La démocratie c’est nous
La démocratie c’est ici et maintenant

« Voilà le son que j'attendais... surtout en période tendue ! »

Publié dans FAC OFF

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