Témoignage sur la "porte cassée" à Toulouse le Mirail

Publié le par V

Témoignage d'un étudiant datant du mercredi 11 mars 2009 :


Derrière la porte.


Il est à peu près 15 heures ce lundi 9 mars lorsque l’AG d’à peu près 1300 personnes vote au Mirail le principe des piquets de grève durs. Suite à cette AG, la commission action des étudiants du Mirail propose une occupation symbolique de l’administration. Cela n’est pas décidé par hasard. Il faut savoir que cette volonté est née d’un acte délibéré de la présidence. Flash back. Le jeudi 5 mars, les piquets durs sont voté depuis la première fois du mouvement au Mirail. Le lendemain midi, la présidence informe le comité de lutte, qui réunit les étudiants mobilisés, que des examens doivent se tenir le samedi suivant. Ces étudiants décident en comité de lutte d’ouvrir trois voix d’accès afin que le concours d’auxiliaire puéricultrice puisse se tenir. La direction en réclame cinq, tout en affirmant par la voie de son médiateur, Mike Michael que même totalement ouverte la faculté n’était pas aux normes de sécurité. Symbole bien triste d’une fac asséchée financièrement. Puisque même en temps normal la sécurité n’est pas assurée les étudiants décident de rester à 3 voix d’accès. Ils rajoutent que s’ils étaient totalement responsables ils ne pourraient ouvrir aucune porte de crainte qu’une brique ne tombe sur un valeureux membre de Libertafac, ou qu’une estrade s’effondre sous les pas libérateur d’un professeur syndiqué au Sgen CFDT. Mais choisissant de ne pas être un frein à des examens prévus depuis longtemps, les étudiants restent sur leur décision d’ouvrir trois portes, percevant la proposition de la présidence comme une bonne solution pour ouvrir la moitié de la fac et mettre des bâtons dans les roues du mouvement étudiant.


Des bâtons dans les roues l’administration en lance le même vendredi à 17 heures lorsqu’elle décide d’annuler le concours qui devait se tenir le lendemain à 8 heures du matin. La situation est claire : monter les participants du concours qui ont fait parfois des centaines de kilomètres pour y venir, contre les étudiants grévistes du Mirail. Mais c’est l’inverse qui va se passer. Le samedi matin à 7 heures, les étudiants en lutte sont présent sur les piquets pour expliquer aux arrivants la situation et que leur concours ne se tiendra pas. L’administration brille elle par son absence. Très vite les personnes venues pour le concours s’aperçoivent que trois voies sont grandes ouvertes et que même les salles où ils devaient passer le concoursle sont. L’incompréhension est totale. Les gens commencent à aller vers la présidence et demander des comptes, ne serait ce que pour être remboursé des frais de concours, de transport voire d’hébergement. A 8 heures des représentants de la présidence, Mr Boisseau en tête, daignent venir informer les gens en expliquant d’une manière très simpliste que c’est la faute des étudiants grévistes si les examens ne se tiennent pas. Les arguments ne sont pas fameux, tout comme le tract distribué par la présidence qui prouva publiquement son incompétence que se soit au niveau des dates et des informations générales. La bataille du terrain est gagnée à plate couture par les étudiants. Mauvaise perdante parfois et de mauvaise foi toujours, la présidence publie un communiqué accusant les étudiants de l’échec du concours…


Retour le lundi, après l’assemblée générale, une action est mise en place pour aller occuper la présidence et demander des comptes sur cette question aux principaux concernés. 300 étudiants pénètrent donc dans le bâtiment de l’administration et se dirigent vers la salle du Conseil d’Administration de la faculté pour se réunir. Ils demandent poliment à l’administration d’ouvrir la salle, sous peine de devoir le faire par leurs propre moyens. Après plusieurs demandes déçues, les étudiants prennent leurs responsabilités et enfoncent la porte proprement . Il faudra ici entendre par « proprement », sans trop de dommages. Une fois réuni dans la salle de CA, les étudiants ont comme seul interlocuteur Mr Patrick Mpondo, vice président de l’université. Aux « patriiiiiiiiick » scandés par des casseurs de voix, succède la volonté des étudiants de rencontrer le président en personne. Ce, pour connaître son point de vue sur les événements du samedi précédent, sur la LRU, et demander du matériel refusé depuis longtemps de type photocopieuse, téléphone, ordinateur. Monsieur Mpondo fait appeler par monsieur Boisseau le président de l’université, monsieur Daniel Filâtre. Celui n’est pas présent sur le site de l’université pour cause de « rendez vous », oui ça fait très mauvais scénario de film mais c’est vrai. Néanmoins notre cher président propose de rencontrer les étudiants dans un amphi. Ceux ci n’ont même pas besoin de se parler pour comprendre l’affront qui leur est fait. D’abord parce que un président non présent sur sa fac alors qu’elle est en grève ça fait mauvais effet, ensuite parce que son bureau est à moins de dix mètres d’où se trouvent alors les étudiants, enfin parce que rencontrer les étudiants dans un amphi signifie le président à la tribune et les étudiants l’écoutant bien sagement. Un rapport de force que la présidence a entretenu depuis un an notamment en participant à la casse du mouvement contre la LRU en janvier 2008. Loi que la présidence critique à présent… Bref les seuls sentiments que ressentent alors les étudiants sont du mépris et de la colère étant donné que la présidence est vaquante, nombreux sont ceux qui proposent d’aller y voir de plus près. Personne dans l’assemblée ne s’y oppose et spontanément une partie d’entre eux se dirigent vers les bureaux de la présidence. Ils demandent poliment à Monsieur Mpondo et ses acolytes d’ouvrir la première porte en verre. Ils refusent. Un étudiant essaie d’ouvrir la porte avec un tournevis. Peine perdue, l’administration qui refuse toujours de donner les clefs est alors évacuée de manière tranquille mais ferme afin d’éviter qu’ils puissent désigner des étudiants ouvrant les portes. Comble pour des gens qui se plaignent souvent des portes que les étudiants ferment. Les étudiants passent la porte par leurs propres moyens. Une fois arrivés dans une sorte d’enclos feutré, ils se dirigent sur la porte à leur gauche pensant qu’il s’agissait du bureau de Filâtre . Une fois la porte ouverte proprement, au lieu d’un bureau ils trouvent un rayon de supermarché casino. Des gâteaux sucrés, ça tombe bien c’est l’heure du goûter. Des gâteaux salés, des bouteilles de Sanserre, de champagne, ça tombe bien c’est bientôt l’heure de l’apéro. En plus le régime alimentaire panzani des étudiants s’en est trouvé enrichi. Les biens trouvé furent partagés, et oui ces étudiants sont un peu de gauche…. Doit on préciser que l’alcool est interdit sur le site universitaire et que de ce fait la présidence se trouve en totale illégalité. Mais les étudiants ne se sont pas contentés de crackers belin, contrairement à ce que certains aimeraient les réduire et ont décidés d’ouvrir l’autre porte de l’enclos pour vérifier par eux même la non présence du filou Filâtre. Cette dernière porte fut métaphorique du rapport qui existe au Mirail entre le président et les étudiants. Une porte blindée entourée de placo. Un président autiste dans une fac fragilisée par la LRU. Après une demi heure de tentative d’ouvrir la porte « proprement », des étudiants de tous bords politiques décident d’utiliser un banc comme bélier face à une porte aussi fermée que les oreilles de Madame Pécresse. Au bout de dix coups dans la porte elle s’effondre, la cloison du bureau aussi. Le résultat est spectaculaire, l’effet efficace. Une photocopieuse est acquise, les livres d’or du président aussi. On y trouvera désormais entre des mots doux de Jack Lang et de Jean Baptiste Prévost (président de l’Unef), des conseils sur les serrures et la qualité des murs de la fac. Par ailleurs, les étudiants ont répondu à la crise en relançant le secteur du bâtiment. Une fois le matériel demandé depuis des lustres pris, la scène de la colère étudiante est nettoyée de fond en comble y compris ceux présents sur le bélier. Dès lors cette porte va causer beaucoup de débats. Totalement assumée par les étudiants en lutte, la présidence va essayer de s’en servir contre eux. L’argument employé est qu’il s’agirait d’une centaine d’étudiants « anarcho-autonomes » (il n’est pas précisé s’ils sont aussi épiciers à Tarnac) responsables de dégradations. Or, parmi les étudiants présents il y avait aussi bien des sociaux démocrates, si si, que des « autonomes » pour faire vite. De dégradations il n’y en eut pas exceptée les conséquences de la tombée de la porte. Cette porte qui finalement est symbolique. Symbolique de ce mur dressé face aux aspirations d’étudiants méprisés aussi bien par leur ministre que leur président d’université. Symbolique de cette cloison imposée qu’est la LRU. Symbolique d’un avenir tout mâché qui rime avec précarité. Derrière cette porte c’était autant de frustration et d’injustice qu’il y avait. A défaut d’avoir tout réglé, cette porte a au moins fait tourner le caméscope médiatique sur un mouvement de plus d’un mois. Le président toujours aussi pertinent a choisi de faire une conférence de presse à Saint Agne, peut être car c’était plus près du Mirail que sa résidence secondaire…Cela n’a pas suffit aà inverser un rapport de forces désormais en la faveur de ceux qui luttent. Madame Pécresse s’est fendue d’un communiqué sur la porte. C’est la première fois depuis qu’elle est entrée en fonction qu’elle parle de nous. Bref, visiblement nos gouvernants sont plus réactifs aux portes enfoncées qu’à la parole de ceux qui en sont privés. Signe de la bonne santé de notre « grande démocratie » vantée par certains…


Une pensée pour les sept arrêtés d’aujourd’hui, dont trois étudiant-e-s du Mirail.

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Ces sept étudiants arrêtes, ils l'ont été lors d'une action réquisition dans un supermarché. Ils sont tous sortis aujourd'hui (jeudi 12 mars 2009) après un peu moins de 24h de GAV, et ils sont poursuivis pour vol agravé, le procès aura lieu aux alentour de septembre.

Publié dans FAC OFF

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